Le portrait de Bernard Stamm
Bernard Stamm, objectif Vendée Globe
Bernard Stamm fait figure de marin jamais rassasié. Il y a quelques mois, il remporte toutes les étapes de La Velux 5 Océans (tour du monde en solitaire avec escales) sur Cheminées Poujoulat, enfourche aussitôt sa nouvelle monture, (l’ex Virbac Paprec devenu à son tour Cheminées Poujoulat) pour l’apprivoiser sur le tour des îles Britanniques. Une prise en main en demi-teinte à la suite de laquelle Bernard choisit de ne pas participer à la Barcelona Race (tour du monde en double) afin de préparer au mieux Cheminées Poujoulat à son objectif majeur : Le Vendée Globe.
En août dernier, Stamm termine deuxième de la Rolex Fastnet, juste derrière PRB et surtout devant les 60 pieds de la dernière génération. Un résultat bon pour le moral qui lui permet d’enchaîner aussitôt avec la Transat Jacques Vabre en compagnie de Tanguy Cariou. À l’issue de celle-ci, il lui restera quelques mois pour peaufiner la préparation de Cheminées Poujoulat et se présenter aux Sables d’Olonne pour le Vendée Globe 2008 : ce rêve qui lui file entre les doigts depuis bientôt 10 ans (abandon en 2000, départ annulé en 2004 pour cause de bateau hors d’usage après son chavirage dans The Transat). Stamm a faim de ce tour du monde et un Bernard Stamm affamé dévore.
Une histoire pas comme les autres
Bernard Stamm est étonnant. Son parcours laisse pantois tous les observateurs tant il est atypique. Et tant il force le respect. Bûcheron, convoyeur, mécano… Tour à tour, Bernard a exercé tous les métiers sans jamais rechigner à la tâche, sans jamais douter un seul instant qu'il accomplirait son rêve d'océans et de courses.
Il se pose à Lesconil, au fin fond de la Bretagne, là ou l'horizon se confond avec la Grande Bleue. Son objectif est simple : construire un voilier. Et en même temps terriblement compliqué car il ne s'agit pas d'une simple embarcation. Lui va construire une bête de course, un voilier de 60 pieds capable de rivaliser avec les meilleurs de la série reine des monocoques. Il fait appel à l'un des architectes les plus en vue de la classe Mini, Pierre Rolland avec qui il a déjà collaboré pour son 6,50 mètres lors de la Mini Transat 95. Ensemble, ils définissent les bases d'un pur-sang de 18,28 mètres aux lignes épurées, aux traits simples et terriblement efficaces. Superbigou prend forme peu à peu, à la force du poignet, avec la rigueur propre au caractère bien trempé de ce suisse élevé dans la tradition calviniste. Pas de gros moyens, pas de fioriture, mais une terrifiante envie de bien faire, de ne rien laisser au hasard. Le hangar est construit sur le terre-plein du Club de voile, le four nécessaire à la cuisson des matériaux composites gagnerait sans conteste le prix de l'ingéniosité au concours Lépine.
Bernard est confiant, inspire confiance. Il sait que son projet est viable, que son destin s'écrit en lettres d'embruns. Cet homme suscite d'abord la curiosité, puis il soulève vite l'enthousiasme. Catalyseur d'énergie, le skipper va bénéficier de l'aide de tout un village. Les uns poncent, les autres stratifient… Quelques connaissances fortunées en suisse lui permettent de financer son entreprise et après des milliers d'heures de travail, le rêve devient réalité. Fièrement, le 60 pieds engrange les premiers milles et, après deux transatlantiques, permet à son capitaine d'atteindre son premier objectif : se présenter au départ de la plus mythique des course : le Vendée Globe.
Deux semaines avant le départ, Armor Lux apporte un soutien financier salvateur et la veille du départ, les foies gras Bizac bouclent un budget décidément bien faible pour ce grand défi lancé aux éléments. Qu'importe, l'homme est solide, son mental imperturbable et son bateau impressionne. Le Petit Poucet de Lesconil, ce Suisse Bigouden représente une menace. C'est clair pour les autres concurrents. Bernard s'attachera rapidement à leur donner raison. Départ canon et deux semaines de course haletantes au premier plan, à jouer les troubles fêtes. L'homme s'affirme comme un dangereux challenger et le bateau confirme ses énormes possibilités. Las, des problèmes techniques ne tardent pas à forcer Bernard à l'abandon, la mort dans l'âme. Mais la légitimité de ce duo magique est désormais acquise.
Le bougre ne baisse pas les bras. Ce n'est ni dans sa nature, ni simplement envisageable.
Qu'à cela ne tienne, après un rapide convoyage à New York, il s'élance avec trois autres bouffeurs d'écoutes de la même trempe pour pulvériser le record de la traversée de l'Atlantique. Cette performance, obtenue après 8 jours, 20 heures et 52 minutes, est saluée par l'ensemble des médias comme un véritable exploit. En effet, battre le record de Mari-Cha III, monocoque " high tech " de 43 mètres mené par 20 mercenaires, ne semblait pas à la portée des 4 co-équipiers réunis pour la première fois lors de cette aventure. Grâce à leur talent et à leur combativité, aidé par la justesse des analyses météorologiques de Pierre LASNIER, leur routeur, ils ont su mener le monocoque bleu à des vitesses incroyables (30 nœuds !) et abaisser de plus de trois heures l'ancien record.
Le grand rendez-vous de Bernard Stamm fût sans conteste Around Alone, le tour du monde en solitaire avec escales en 2002/2003. Ce tour du Monde a permis pendant huit mois à Bernard et son équipe de confirmer le potentiel du bateau. Avec maestria, il remporte 4 étapes sur 5 et une victoire finale qui a laissé pantois certains, tant ils pensaient que le bateau ne verrait pas la ligne d'arrivée.
Magic Stamm !
en 8 dates
- 29 novembre 1962
Naissance à Genève
- 1980
Bûcheron
- 1995
1ère transat en solo>
- 2002
Record de l’Atlantique en solitaire
- 2003
Vainqueur d’Around Alone
Champion du monde IMOCA 2003
- 2006
Record de l’Atlantique sur Orange II
- 2007
Vainqueur de la Velux 5 Oceans
3ème de la transat Jacques Vabre
- 2008
Champion du monde IMOCA
Départ de la Vendée Globe aux Sables d’Olonne le 9 novembre